Cine-club - "The last Temptation of Christ"
« BEMO virtual art club » (Bvac) a organisé dans le cadre du ciné-club, une séance de discussion à distance autour du film «The last Temptation of Christ» réalisé par Martin Scorsese en 1988.
Jésus est un homme parmi les autres hommes. Il souhaite vivre une vie normale auprès de Marie Madeleine. Mais Dieu l'a choisi pour être le Sauveur de l'humanité. Après avoir découvert sa vraie nature lors d'un voyage dans le désert, il commence à prêcher la bonne parole et à accomplir des miracles. Puis il finit par comprendre que la volonté de Dieu est qu'il soit crucifié pour expier les péchés du Monde. Il demande alors à Judas de le dénoncer aux Romains. Alors que le Christ, sur sa croix, s'apprête à mourir, il est soumis à une ultime tentation par Satan, celle de vivre la vie d'un homme ordinaire, marié et avec des enfants.
Il s’agit-là probablement du plus gros malentendu de l’histoire du cinéma. Scorsese est habité par sa foi chrétienne depuis qu’il a été jeune séminariste (il a dû renoncer à cause de son asthme) et elle dominera toute son œuvre dont les personnages ont souvent un parcours christique et sont hantés par la rédemption (jusqu’à Silence, 2016, qui incarne son déchirement permanent entre la douleur qui habite la foi chrétienne et la tentation de la sérénité bouddhiste). Au milieu des années 80, il souhaite remettre Jésus au centre du débat, notamment auprès des jeunes et décide d’adapter le roman de Nikos Kazantzakis. "Je sais, par un ami prêtre, que le livre de Kazantzakis est utilisé dans les séminaires, non comme un autre Evangile, mais comme une parabole neuve et vivante sur laquelle on peut discuter. J'espérais que mon film remplirait cette fonction.” L’approche repose sur la dualité de la nature du Christ, entre humain et divin. Il va résister au choix de Dieu car il sait, dès le début, la douleur inouïe que cette passion représente et doute qu’il soit à la hauteur. Coécrit avec Paul Schrader, comme Taxi Driver, 1976, et Raging Bull, 1980, le film comporte des scènes d’une puissance rarement atteinte au cinéma et des moments de grâce qui feraient douter le plus honnête des athées. La plus belle séquence étant sans doute celle où, tenté par le démon angélique qui lui baise ses blessures afin de les cicatriser, il descend de sa croix et, ébloui par la beauté des collines couvertes d’oliviers lui demande : "Est-ce là donc le paradis que mon père a promis aux hommes ? " " Non, lui répond-il, ceci est la terre des hommes, mais ta passion brûlante t’avait empêché d’en apprécier la beauté jusque-là."
Au-delà de la foi religieuse, ce film est une métaphore du sacerdoce qu’est la vie des grands artistes (on pense à Van Gogh par exemple) qui, dans la douleur, ont sacrifié leur existence pour leur art.
On appréciera au passage la bande originale transcendante de Peter Gabriel en train d’inventer la World Music.



